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Succession

Droits de succession immobilière : barème, abattements et exonérations

Mis à jour le 20 février 2026 — Temps de lecture : 9 min

La transmission d'un bien immobilier par succession entraîne souvent une facture fiscale importante pour les héritiers. Entre abattements, barèmes progressifs et exonérations, le calcul des droits de succession repose sur des mécanismes complexes définis par le Code général des impôts. Ce guide vous explique chaque règle, les leviers d'optimisation et les pièges à éviter.

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1. Comment fonctionne la succession immobilière ?

La succession s'ouvre automatiquement au décès du propriétaire d'un bien immobilier. Elle suit plusieurs étapes clés :

Ouverture de la succession

La succession s'ouvre au jour du décès, au dernier domicile du défunt. Les héritiers disposent de 6 mois pour déposer la déclaration de succession (12 mois si décès hors de France métropolitaine).

Dévolution légale ou testamentaire

En l'absence de testament, la loi détermine les héritiers selon l'ordre de succession (conjoint, enfants, parents, collatéraux). Un testament permet de modifier cette répartition dans les limites de la réserve héréditaire.

Intervention du notaire

Le notaire établit l'acte de notoriété, évalue l'actif successoral (notamment les biens immobiliers), paie les dettes et les droits de succession, puis procède au partage entre les héritiers.

2. L'exonération du conjoint survivant

Depuis la loi TEPA du 21 août 2007, le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession, quel que soit le montant de l'héritage.

Points clés

  • • L'exonération s'applique automatiquement, sans formalité particulière
  • • Elle concerne tous les biens transmis : immobiliers, mobiliers, financiers
  • • Elle s'applique au conjoint marié et au partenaire de PACS (mais pas au concubin)
  • • Base légale : CGI art. 796-0 bis

Le concubin, en revanche, ne bénéficie d'aucune exonération ni abattement. En l'absence de testament, il n'hérite de rien. S'il est institué légataire, il sera taxé au taux de 60 % après un abattement de seulement 1 594 €.

3. Les abattements par lien de parenté

Chaque héritier bénéficie d'un abattement qui se déduit de sa part nette avant application du barème. Le montant varie selon le lien de parenté avec le défunt :

Bénéficiaire Abattement 2026 Base légale
Enfant (ou parent en ligne directe) 100 000 € CGI art. 779 I
Petit-enfant 1 594 € CGI art. 779 II
Frère ou sœur 15 932 € CGI art. 779 IV
Neveu ou nièce 7 967 € CGI art. 779 V
Autre héritier (tiers, concubin) 1 594 € CGI art. 779 VI

Abattement handicap — Les héritiers en situation de handicap (incapacité de travail d'au moins 50 %) bénéficient d'un abattement spécifique de 159 325 €, cumulable avec l'abattement lié au lien de parenté (CGI art. 779 II).

4. Le barème progressif des droits

Une fois l'abattement déduit, la part nette taxable de chaque héritier est soumise à un barème progressif par tranches. Les taux varient fortement selon le lien de parenté.

En ligne directe (parents, enfants, petits-enfants)

Fraction de part nette taxable Taux applicable
Jusqu'à 8 072 € 5 %
De 8 072 € à 12 109 € 10 %
De 12 109 € à 15 932 € 15 %
De 15 932 € à 552 324 € 20 %
De 552 324 € à 902 838 € 30 %
De 902 838 € à 1 805 677 € 40 %
Au-delà de 1 805 677 € 45 %

Entre frères et sœurs

Fraction de part nette taxable Taux applicable
Jusqu'à 24 430 € 35 %
Au-delà de 24 430 € 45 %

Autres situations

Lien de parenté Taux unique
Entre neveux et nièces 55 %
Entre tiers (concubin, ami, parent éloigné) 60 %

Base légale : CGI art. 777

5. Le rappel fiscal des donations

Si le défunt a consenti des donations à un héritier dans les 15 ans précédant son décès, ces donations sont fiscalement « rappelées » lors du calcul des droits de succession.

Mécanisme du rappel fiscal

Les donations de moins de 15 ans sont ajoutées à l'actif successoral pour reconstituer l'assiette taxable globale. Cela permet de vérifier si l'abattement a déjà été consommé et d'appliquer le barème progressif sur l'ensemble des transmissions.

Impact sur l'abattement

Si un enfant a déjà reçu 80 000 € par donation il y a 10 ans, il ne bénéficiera plus que de 20 000 € d'abattement sur sa part successorale (100 000 € − 80 000 € déjà consommés).

Au-delà de 15 ans

Les donations de plus de 15 ans ne sont pas prises en compte fiscalement. L'abattement est reconstitué intégralement. C'est un levier d'optimisation majeur pour transmettre son patrimoine en plusieurs étapes.

6. Donation vs succession : comparaison

Donner de son vivant ou transmettre au décès ? Les deux dispositifs appliquent les mêmes barèmes et abattements, mais la donation offre des avantages stratégiques importants.

Donation

Transmission de son vivant

  • ✓ Renouvellement de l'abattement tous les 15 ans
  • ✓ Démembrement possible (nue-propriété)
  • ✓ Accompagnement et conseil du donateur
  • ✗ Perte immédiate du bien donné

Succession

Transmission au décès

  • ✓ Conservation du bien jusqu'au décès
  • ✓ Abattement unique de 100 000 €
  • ✗ Pas de renouvellement de l'abattement
  • ✗ Fiscalité potentiellement plus lourde

Stratégie optimale

Pour un patrimoine de 600 000 € à transmettre à 2 enfants : donner 200 000 € (100 000 € par enfant) en 2026, puis 200 000 € en 2041, et 200 000 € au décès. Résultat : zéro droit à payer grâce au renouvellement de l'abattement, contre ~60 000 € de droits en cas de succession unique.

7. L'assurance-vie et la succession

L'assurance-vie bénéficie d'un régime fiscal spécifique très avantageux, distinct du régime successoral classique. Elle permet de transmettre des capitaux « hors succession » grâce à la clause bénéficiaire.

Clause bénéficiaire et transmission

Les capitaux transmis via l'assurance-vie ne font pas partie de l'actif successoral. Ils sont versés directement au bénéficiaire désigné, sans passer par le notaire (sauf pour vérifier le respect de la réserve héréditaire).

Abattement de 152 500 € par bénéficiaire

Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire bénéficie d'un abattement de 152 500 €. Au-delà, un prélèvement de 20 % s'applique jusqu'à 852 500 €, puis 31,25 %.

Primes versées Abattement Taxation au-delà
Avant 70 ans 152 500 € / bénéficiaire 20 % puis 31,25 %
Après 70 ans 30 500 € (tous bénéficiaires) Barème succession classique

Base légale : CGI art. 990 I

8. Exemple chiffré complet

Prenons la succession d'un parent décédé laissant un bien immobilier de 400 000 € à ses 2 enfants (pas de donation antérieure) :

Étape de calcul Par enfant
Valeur du bien immobilier 400 000 €
Part de chaque enfant (50 %) 200 000 €
Abattement ligne directe − 100 000 €
Part nette taxable 100 000 €

Application du barème par tranches

Tranche Montant Taux Droits
Jusqu'à 8 072 € 8 072 € 5 % 404 €
De 8 072 à 12 109 € 4 037 € 10 % 404 €
De 12 109 à 15 932 € 3 823 € 15 % 573 €
De 15 932 à 100 000 € 84 068 € 20 % 16 814 €
Total droits par enfant 18 195 €

Chaque enfant devra payer 18 195 € de droits de succession, soit 36 390 € au total pour les deux héritiers (9,1 % de la valeur du bien).

Impact de la donation anticipée — Si le parent avait donné la nue-propriété du bien 10 ans avant son décès (valorisée à 60 % selon le barème fiscal), chaque enfant aurait reçu 120 000 € en franchise de droits (abattement 100 000 €) et payé seulement 4 000 € de droits. Au décès, la pleine propriété se reconstitue gratuitement. Économie totale : ~28 000 €.

9. Questions fréquentes

Peut-on payer les droits de succession en plusieurs fois ?

Oui, il est possible de demander un paiement fractionné (jusqu'à 3 ans) ou différé (jusqu'à 6 mois) auprès de l'administration fiscale. Un crédit gratuit est accordé pour les successions en ligne directe portant sur au moins 50 % de biens non liquides (immobilier notamment). Au-delà, des intérêts au taux légal s'appliquent.

Quelle est la valeur à déclarer pour un bien immobilier ?

La valeur vénale au jour du décès, c'est-à-dire le prix qui pourrait être obtenu en cas de vente dans des conditions normales de marché. En pratique, on se base sur les transactions récentes de biens similaires dans le même secteur. L'administration peut contester une sous-évaluation manifeste et demander un complément de droits majoré de 40 %.

Existe-t-il des exonérations pour la résidence principale ?

Oui, sous conditions strictes. Le conjoint survivant ou le partenaire de PACS bénéficie d'une exonération totale (déjà exonéré par ailleurs). Les frères et sœurs peuvent également être exonérés s'ils remplissent 3 conditions : être célibataire/veuf/divorcé, avoir plus de 50 ans ou être handicapé, et avoir vécu avec le défunt les 5 années précédant le décès.

Sources juridiques

  • Barème des droits : CGI art. 777
  • Abattements : CGI art. 779 et 779 II (handicap)
  • Exonération conjoint et PACS : CGI art. 796-0 bis (loi TEPA 2007)
  • Rappel fiscal des donations : CGI art. 784
  • Assurance-vie : CGI art. 990 I